FAUT-IL INVESTIR OU DÉSINVESTIR DE LA BOURSE DE MAURICE ?

Stephane Henry

14 Octobre 2019

FAUT-IL INVESTIR OU DÉSINVESTIR DE LA BOURSE DE MAURICE ?

by IPRO

La croissance de l’Ile Maurice est-elle structurellement en déclin ?

Il est indéniable que l’Ile Maurice passe par une période de transformation. Les piliers économiques d’il y a 25 ans sont soit en pleine mutation, comme le tourisme, soit en grande difficulté comme le sucre soit mort comme le textile. Seuls les services financiers continuent de progresser, malgré la fin programmée des avantages liés aux traités de non-double imposition. L’avenir à court terme du secteur financier passe par l’outsourcing. Du coup, afin de maintenir un taux de croissance décent, le secteur privé et le Gouvernement ont la même vision d’améliorer le cadre de vie, en transformant les infrastructures de transport et en facilitant l’essor de villes intelligentes appelées « smart cities ».
Le graphique 1 montre la progression de l’indice SEMTRI de la Bourse de Maurice au cours de 5 dernières années, par rapport à l’indice US S&P500 : la performance du SEMTRI n’est que de 3% par an (soit trois fois moins que les 9% par an du S&P500), contre près de 16% par an en moyenne depuis le début de la Bourse en 1989 jusqu’à ce jour. Depuis 2014, les investisseurs ont donc freiné leurs investissements en actions cotées à Maurice, à la lumière des changements structurels que nous venons d’évoquer

Q2 : L’Ile Maurice est-elle seule à connaitre cette transformation ou s’agit-il d’un phénomène mondial ?

Tous les pays du monde connaissent actuellement des mutations structurelles majeures. Il ne faut surtout pas sous-estimer la signification de l’élection de Donald Trump, le Brexit, les gilets jaunes et les manifestations à Hong Kong. Les populations notent que leur pouvoir d’achat baisse car les salaires ne progressent pas, les impôts augmentent et l’immobilier donc le logement est de plus en plus cher. L’agriculture, aux Etats-Unis ou au Brésil, est d’une intensité totalement opposée aux produits issus de la culture bio que les consommateurs voudraient acheter, les industries s’effondrent les unes après les autres, comme c’est le cas pour le secteur automobile actuellement. Les hausses des profits des entreprises émanent des gains de productivité issus des progrès technologiques, sans lesquels la croissance mondiale serait quasi-nulle.

D’un point de vue géographique, seuls les Etats-Unis semblent pour l’instant bénéficier pleinement de cette révolution technologique. Le graphique 2 montre la performance de l’indice MSCI Emerging Markets, toujours par rapport au S&P500 : l’indice MSCI Emerging Markets a subi une performance négative au cours des 5 dernières années, confirmant la situation économique difficile du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, qui sont les cinq principales puissances émergentes.

Q3 : Faut-il investir ou désinvestir de la Bourse de Maurice ?

Sir John Templeton, qui fut l’un des plus grands gérants actions du XXème siècle, recommandait d’investir dans les périodes de « pessimisme maximal ». Je crois que dans le cas des marchés émergents et par extension de Maurice et du Continent Africain, nous vivons une période d’extrême pessimisme propice, selon Sir Templeton, aux investissements en actions. A ce sujet, il convient de prendre note de 5 points à mon sens très importants :

  1. La principale mutation que le monde est en train de connaitre est liée aux modes de consommation : inclusion, vitesse de livraison et écologie sont les mots clés de cette mutation ;
  2. Les consommateurs des marchés émergents sont beaucoup plus nombreux que les Américains et les Européens : ils vont donc influencer significativement les modes de consommation des prochaines décennies ;
  3. Sur les 10 principales valeurs technologiques aujourd’hui en termes de capitalisation boursière, seules deux, Samsung et Alibaba, ne sont pas originaires des Etats-Unis ;
  4. Le secteur privé mauricien a prouvé sa capacité à saisir les opportunités d’investissement : ce n’est pas un hasard si la performance annualisée de la Bourse de Maurice depuis son origine est proche de 16% par an. Malgré le contexte actuel, notre étude sur les sociétés cotées sur la Bourse de Maurice montre que, pour l’année financière juillet 2018 – juin 2019, la progression du chiffre d’affaires à Maurice fut de 6% et la hausse des profits, hors éléments exceptionnels, de 33% ;
  5. L’investissement en actions doit toujours être appréhendé sur le très long terme, idéalement plus de vingt ans, car de longues périodes de stagnation voire de baisse peuvent se produire. Il faut essayer de construire son portefeuille, local et international, avec méthode et surtout beaucoup de patience.