L’ILE MAURICE ET L’INDE, FUTURS CHAMPIONS DES MARCHES EMERGENTS ?

Stephane Henry

07 Novembre 2019

Q1: Pouvez-vous résumer la situation économique aux États-Unis et en Europe ?

La situation économique aux États-Unis et en Europe est dans un contexte absolument exceptionnel, à cause de l’inflation des bilans des banques centrales. La nomination de Madame Lagarde à la tête de la Banque Centrale Européenne pourrait changer un petit peu la donne. On verra comment cette situation évolue dans les semaines à venir.
Mais il y a un élément majeur aujourd’hui par rapport à la performance économique des marchés développés, c’est le contexte politique. En Europe évidemment on connaît le Brexit, on connaît un petit peu moins l’Italie. L’Italie devrait devenir un problème pour l’Union européenne dans les années à venir, dans les mois à venir même, Mais surtout le problème politique majeur va se situer aux Etats-Unis, si Elizabeth Warren a des chances d’être élue présidente des Etats-Unis.

A ce moment-là, les marchés devraient subir des baisses importantes.
Le graphique 1 montre la performance des marchés financiers depuis 2006. Il y a sans aucun doute deux éléments importants à souligner : premièrement entre 2006 et aujourd’hui, les marchés financiers hors USA n’ont pas progressé du tout, ceci veut dire que l’on a perdu presque 13 ans sur les investissements en Europe et les marchés émergents.
Par contre aux Etats-Unis, depuis 2011, les marchés ont explosé grâce au secteur technologique, qui a attiré énormément d’investissements. Les profits des grandes entreprises de ce secteur ont été décuplés.

Q2: Comment les marchés émergents, gèrent-ils ce contexte tumultueux?

En fait les marchés émergents sont aussi très dépendants du contexte politique. Il y a deux catégories de pays dans les marchés émergents, les pays où le contexte politique est relativement stable, en Inde, où Modi vient d’être réélu, en Russie ou en Chine. Il y a des pays qui ont des problèmes importants avec des troubles, sociaux notamment, à Hong Kong, au Liban ou au Chili. Du coup avec ces perspectives économiques et politiques difficiles, les marchés émergents ont baissé ces cinq dernières années. Par contre, il me semble qu’il y a un “Bright Spot” clairement au niveau des marchés émergents pour les années à venir, c’est l’Inde.

L’Inde a un contexte économique très favorable et les entreprises indiennes sont extrêmement performantes. Le graphique 2 montre que les profits attendus sur les entreprises indiennes dans les années à venir montrent 20% de progression. Mais en plus l’Inde a des caractéristiques très intéressantes, par exemple une dette externe très faible avec seulement 20% du PIB, un taux d’inflation en baisse, donc des taux d’intérêt en baisse, ce qui est favorable pour l’investissement. Également, il y a une culture d’investissement en Inde qui est unique. Il y a aujourd’hui 28 millions d’Indiens qui ont des SIP mensuels, des souscriptions mensuelles dans des fonds d’investissement. Donc ceci apporte un élément moteur très important pour la performance du marché indien dans les années à venir.

Q3: L’île Maurice peut-elle envisager une croissance de plus de 4% dans les années à venir ?

J’en suis convaincu.

L’île Maurice est capable de dépasser les 4% de croissance. En d’autres mots, on peut dire que l’île Maurice doit pouvoir progresser de plus de 0,5% par an par rapport à la croissance moyenne mondiale.
Il y a quatre éléments à mon avis très importants qui devraient permettre à Maurice de dépasser ces 4% de croissance.
Premièrement le 10 octobre, l’île Maurice a été confirmée par l’Union européenne comme étant “compliant” en termes d’échanges d’informations fiscales. C’est un point majeur pour recevoir des investissements notamment d’Europe.
Deuxièmement le 24 octobre, l’île Maurice a été classée 13ème mondiale, dans le classement “Ease of doing business”, sur 190 pays.

Ensuite sans aucun doute les infrastructures de transport, les Smart Cities qui sont en train d’éclore à travers l’île, sont un plus pour accueillir des investissements.
Enfin je crois que les services financiers sont sur une excellente voie, avec notamment le développement de l’outsourcing qui devrait employer des milliers de personnes dans les années à venir.